Du risque d'être juge et partie

La méthode devrait nous interpeler. Et même sérieusement nous interpeler !

La démocratie repose sur une séparation claire des pouvoirs : le législatif d'un côté, l'exécutif de l'autre, et à l'écart le judiciaire. Des lors que l'exécutif se met à légiférer ou à juger ; que le judiciaire se met à légiférer… les citoyens devraient s'interposer.

Le 15 décembre 2025 – à l'initiative de la France – les institutions européennes ont "sanctionné" douze personnes qualifiées "d'agents de la déstabilisation russe en Europe". En d'autres termes, elles sont accusées – par des hommes politiques – de défendre et/ou de propager des idées contraires aux leurs.

Encore une fois, ce n'est pas une opinion sur le fond. Dans la guerre d'intoxication (ou de désinformation), cela fait belle lurette qu'il est impossible de savoir où se situe la vérité, la nuance se situe en revanche uniquement dans le degré de mensonge auquel les uns et les autres ont recours. Ce qui est nouveau et terrifiant, c'est que des personnes dépourvues de toute autorité judiciaire, soient en mesure de prononcer des sanctions sans qu'un arbitre n'ait même été saisi pour tenter de mesurer en quoi les propos ou les actes incriminés feraient peser une menace sur la sécurité des biens et des personnes. Nouveau, en fait pas vraiment : de "l'épuration" aux goulags, les tribunaux populaires nous ont habitué au pire. Lorsque l'interprétation politico-administrative se substitue au droit le monde orwellien nous enserre dans sa gangue totalitaire. 

Pis, la fatwa de l'Union européenne vise à faire taire une douzaine personnes – dont un ancien officier franco-russe et un ancien colonel du renseignement suisse – qui contestent son discours sur la guerre déclenchée en Europe par les États-Unis contre la Russie, leur ennemi héréditaire. Mais qu'est-ce que la guerre si ce n'est une boucherie au milieu d'un nuage d'intoxication ? Et qui pourrait croire un quart de seconde Paris et Bruxelles – les deux partisans d'un engagement militaire dans le conflit en Ukraine – font autre chose que de la désinformation ? Sans porter de jugement sur les propos de Xavier Moreau et de Jacques Baud, une chose est sûre : du simple fait de leur engagement dans le conflit, le discours de la France et de l'Union européenne ne peut que relever de la propagande, donc de la désinformation. 

La propagande, la désinformation, l'intoxication – appelez là comme bon vous semble – est consubstantielle à la guerre. Depuis Sun Tzu (VIe siècle avant Jésus-Christ), toutes les académies militaires l'enseignent à leurs cadets dès le premier trimestre de leur incorporation ! En se voulant juge et partie, la France et l'Union européenne prennent en revanche le risque de donner du crédit aux propos et aux analyses de leurs adversaires et de se déconsidérer définitivement.

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