Le passé colonial des Etats-Unis

C'est un mensonge que la propagande reprend ad nauseam : les États-Unis n'auraient pas de passé colonial. Ceci pour nous faire accroire que les États-Unis ne seraient animés d'aucune velléité coloniale, que leur politique interventionnistes n'aurait rien à voir avec la prise de contrôle de richesses naturelles, mais guidée par le seul souci de préserver si ce n'est défendre, des valeurs que l'Occident considère universelles – les siennes.

Un obscur cabinet d'experts internationaux belge soutenait encore ces balivernes sur LinkedIn au moment où Washington kidnappait Nicolas Maduro à Caracas, au prétexte que le président du Venezuela tremperait dans un narcotrafic dont les États-Unis seraient la principale victime. Avant même que Nicolas Maduro ait posé le pied à New-York, Donald Trump annonçait que les États-Unis prenaient le contrôle du Venezuela et les compagnies pétrolières américaines les champs pétrolifères du pays. 

Les réserves du pays en hydrocarbures, colossales, sont bien évidemment l'enjeu principal de ce coup de force d'un autre âge. Pour l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les réserves du Venezuela seraient les plus importantes au monde ! De l'ordre de 300 milliards de barils, bien plus que celles de l'Arabie saoudite, 267 milliards de barils (source). Les réserves du Venezuela, faut-il le préciser, sont loin d'être exploitées de manière rentable ; la production du pays ne pèse pas plus de 1 % de la production mondiale. C'est dire le potentiel !

Partout où les États-Unis interviennent se cachent d'énormes ressources naturelles !

L'histoire des États-Unis est d'abord une histoire coloniale, celle de la conquête, à partir du XVIe siècle, par les Européens (principalement les Anglais, les Irlandais et les Français) du territoire qu'occupaient jusque-là les peuples amérindiens, pour y exploiter à leur seul profit les richesses en or… et aujourd'hui en pétrole. Les Américains sont des colons, au même titre que les Israéliens ou les Sud-Africains (blancs) du XIXe siècle. Rien d'étonnant à ce qu'ils s'entendent comme larrons en foire.

À la fin du XIXe siècle, justement, les colons du "Nouveau Monde" profitèrent d'une injure pour lancer une offensive contre la seconde puissance coloniale de la région : l'Espagne. Même si le conflit démarre mal pour eux (les Espagnols vont envoyer par le fond l'USS Maine et ses 266 hommes d'équipage dans la baie de La Havane (février 1898), la guerre hispano-américaine – point de départ de la politique impérialiste des États-Unis, comme le disent les historiens  – va tourner à l'avantage des Anglais ! Le 10 décembre 1898, les deux nations signent à Paris un accord de paix (Traité de Paris) au terme duquel, contre 20 millions USD, les États-Unis prennent possession de trois colonies espagnoles : les Philippines, Porto-Rico et Guam ; Cuba obtenant son indépendance.

C'est aux Philippines – que les Espagnols s'étaient résignés à occuper, au XVIe siècle, faute de pouvoir chasser les bataves déterminés à ne partager avec personne les bénéfices du commerce du poivre qu'ils exploitaient en Indonésie – que les États-Unis vont développer leur stratégie coloniale.

Aux Philippines, les Américains vont immédiatement prendre le contrepied de la politique menée par les Espagnols, entre 1571 et 1898. Les Castillans, considérant à juste titre qu'une langue commune présentait le risque de fédérer contre eux les peuples philippins avaient, pendant trois siècles, refusé d'enseigner l'espagnol dans leur colonie d'Extrême-Orient. Les Américains considèreront, eux, que l'anglais permettrait d'imposer durablement leur culture. Ils l'enseignèrent donc et leur succès alla au-delà de toutes leurs espérances. Tout ceux qui connaissent les Philippines vous le confirmeront : il n'y a pas pays plus américanisé. 

Les Philippines sont mêm le seul pays au monde où McDonald's s'incline face à un concurrent local. Jolibbe réalise un chiffre de plus de 1,6 milliard USD sur 1.150 points de vente ; McDonald's 850 millions USD dispose sur 650 comptoirs (source) ; même en chiffre / point de vente, Mc Do ne fait pas le poids ! Et pour bien montrer que les Yankee ne les impressionnaient pas, Jolibee se fait représenter par une mascotte fort ressemblante à celle de son ancêtre américain. McDo s'en offusqua en vain, les tribunaux ne virent aucune filiation là-dedans. 

Dès son implantation aux Philippines, le rouleau compresseur américain cherchera à uniformiser le territoire, faisant fi des particularismes. Ils crurent pouvoir intégrer d'autorité le sud musulman dans un ensemble administratif, ce à quoi les Espagnols avaient renoncé, préférant s'appuyer sur le pouvoir des chefs traditionnels. Malgré les promesses de poursuivre cette politique, les Américains remirent en cause cet embryon d'autonomie : en mars 1904, ils rompent unilatéralement la perspective d'un accord (Kiram-Bates Treaty), entrainant les Sulu dans une guerre de dix ans qui nourrira la rébellion canalisée à partir des années 1970 par des organisations indépendantistes (MNLF puis MILF) et dans laquelle les islamistes radicaux d'Abu Sayyaf s'engouffreront à partir des années 1990. 

Les Américains ne prendront pas plus de gants avec les Pinoys, comme les Philippins aiment à se désigner, qui, depuis le début du XIXe siècle structuraient la lutte pour leur indépendance. Aujourd'hui encore, ils rappellent que, sans l'aide du Katipunan – l'organisation clandestine fondée dans les années 1890 par Andrès Bonifacio – les Américains auraient probablement eu beaucoup plus de difficultés à bouter les Espagnols. À la place de l'indépendance promise en échange de leur soutien, les Philippins verront s'installer un nouveau pouvoir colonial, leur organisation et ses leaders traqués, puis liquidés.

Ils n'oublieront pas et, depuis, se méfient de la parole des Américains. "Les Philippins n'aiment pas les Espagnols, mais ils les respectent, me confiait un jour le patron de La Flor de la Isabela, la prestigieuse manufacture de cigares (qui valent bien les cubains). En revanche, ils aiment les Américains, mais ils ne les respectent pas." Seraient-ils fourbent, ces Américains ? Sur les ruines du Katipunan, se formera au début de la Seconde Guerre mondiale une organisation bien plus redoutable : le Hukbalahap – les fameux Huks – qui, après la libération et l'indépendance, se transformera en Parti communiste et harcèlera le pouvoir pendant des décennies.

Pendant un demi-siècle de domination, les Américains bouleversent littéralement l'archipel philippin. Ayant compris l'impossibilité de s'imposer sur les provinces musulmanes, ils vont diluer la population islamique dans l'ensemble chrétien, en favorisant l'implantation de colonies sur Mindanao. Comme au bon vieux temps de la conquête de l'Ouest, des terres sont offertes aux familles des Visayas qui souhaitent mettre en valeur un lopin de terre sur la grande île méridionale qui se transforme vite en verger. Les multinationales américaines – Dole et Del Monte – sauront en tirer profit. 

Le reste de l'archipel sera mis à contribution pour produire ce que les fermiers américains ne peuvent : le sucre notamment. Par un accord préférentiel, les hacienderos du nord et du centre des Philippines pourront, jusqu'au milieu des années 1980, écouler leur production à un prix deux voire trois fois supérieur au cours mondial ! Un trafic propre à gonfler des fortunes déjà colossales.


Victoria Sugar Mill (octobre 1987)
© Marc Mangin

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale et ne pouvant plus s'opposer à l'indépendance de leur colonie, les Américains se résignent à passer la main, tout en restant discrètement dans l'ombre des présidents qui se succèdent depuis à Malacañang. Les États-Unis abandonnent les Philippines à la rapacité des grandes familles locales, pour se concentrer sur le Japon vaincu. Ils y resteront sept ans (1945-1952), injectant au bas mot deux milliards de dollars dans la reconstruction l'économie nippone (contre douze dans le cadre du Plan-Marshall en Europe).

Le Japon sera, après les Philippines, le deuxième pilier de la stratégie militaire américaine en Asie. Un troisième – la Corée – viendra compléter le dispositif, quelques années plus tard (1953), afin d'anticiper un affrontement avec la Chine qui vient de basculer dans le camp communiste (1949). 

 

Plus de photos sur les Philippines : ICI 

Sur les relations filipino-américaines, je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet excellent polar (contact odv.assos@gmail.com)  :  



Commentaires

  1. Depuis que le fils du dictateur philippin Marcos a été mis au pouvoir ( après l'épisode Dutertre) il n'y a pas longtemps,avec une aide massive des USA ( tiens donc !!-il a été formé, pour ne pas dire formaté, aux USA comme tant d'autres , notamment le prétendant précédent au Vénézuela, Juan Guaido, qui avait échoué après de pénibles et très lourdes tentatives -) les US ont agrandi leur mainmise sur les Philippines, très bien placées pour le futur proche face à la Chine, et ils y ont acquis 5 nouvelles bases, activées nuit et jour ..depuis des années les US font aussi des pieds et des mains pour remettre les pieds au VN mais à chaque fois que ça va un peu loin, les grands frères Chinois et Russes mettent le holà, par l'intermédiaire de leur PC respectif notamment.. les Russes sont les plus discrets mais bien présents dans mon secteur, notamment par Cam Ranh où ils font notamment le suivi de la flotte sous- marine VN qui est du matériel russe .. l'aviation de chasse aussi , l'aéroport de Nha Trang a été préparé pour accueillir sous abris en béton, des dizaines d'avions .. mais pas que .. car voir aussi , à côté, une base soit-disant désarmée, à Phanh Rang ... bref il se passe des choses, juste en face des îles contestées de la mer de Chine du sud, vers où aujourd'hui part un navire militaire VN chargé de troupes et d'arbres pour la fête de Tet à venir, en Février.....

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